Deux locaux, même rue, deux cents mètres d'écart, même loyer. L'un est en face d'un groupe scolaire, l'autre entre deux immeubles de bureaux. Ce n'est pas le même commerce. Le premier voit passer des parents deux fois par jour, cent quatre-vingts jours par an, à des horaires qu'on peut écrire à l'avance. Le second voit passer des actifs entre midi et deux.
Ces générateurs de flux sont recensés. L'INSEE publie chaque année la Base permanente des équipements — la BPE — qui localise 2,8 millions d'équipements en France : écoles, collèges, médecins, pharmacies, gares, bureaux de poste, terrains de sport, salles de spectacle, marchés, maisons de retraite.
Ce que chaque catégorie amène
Les équipements ne se valent pas, et ils ne s'additionnent pas. Ce qui compte est le rythme qu'ils imposent.
- Écoles et crèches : deux pics quotidiens très marqués, une clientèle captive et régulière, mais rien pendant les vacances scolaires — seize semaines par an.
- Santé (médecins, kinés, pharmacies, laboratoires) : flux étalé sur la journée, plutôt matinal, population âgée surreprésentée, et une grande stabilité annuelle.
- Transports (gares, pôles d'échange) : flux considérable mais pressé. Excellent pour la vente à emporter, médiocre pour tout ce qui demande de s'arrêter.
- Administration et services publics : flux moyen mais diurne et en semaine, avec des files d'attente — donc du temps mort à occuper.
- Sport et culture : flux concentré en soirée et le week-end, exactement là où les autres générateurs sont éteints. Le complément le plus utile pour lisser une semaine.
Compter, puis regarder les horaires
Sur l'adresse d'Avignon qui nous sert de fil rouge, on recense 1 276 équipements dans un rayon de 800 mètres. C'est énorme, et c'est normal : on est en hypercentre touristique.
Le nombre seul ne dit rien. Ce qui se lit, c'est la composition. Un hypercentre saturé de commerces et de culture n'a pas le même profil horaire qu'un quartier périphérique où le seul générateur est une école primaire. Dans le premier cas, le flux existe presque toute la journée mais il est disputé par des dizaines d'enseignes. Dans le second, il est faible mais vous l'avez pour vous.
L'angle mort de la BPE
La base recense les équipements, pas leur fréquentation. Une salle des fêtes utilisée quatre fois par an et un gymnase occupé tous les soirs y figurent à l'identique. De même, elle ne dit rien des entreprises privées : un employeur de trois cents salariés n'est pas un « équipement » et n'apparaît pas — alors qu'il génère plus de passage que la moitié de la liste.
Pour ce dernier point, SIRENE prend le relais avec ses tranches d'effectifs. Aucune source ne suffit seule ; c'est leur croisement qui donne une image utilisable.
La question à se poser
Avant de signer, faites l'exercice à la main : listez ce qui, autour de vous, oblige quelqu'un à passer devant votre porte à une heure prévisible. Si la liste est vide, votre commerce devra créer lui-même sa raison de venir — ce qui est possible, mais coûte beaucoup plus cher en communication et prend beaucoup plus de temps qu'un prévisionnel ne le suppose généralement.